novembre 3, 2009

Claude Lévi-Strauss est mort; il m’avait appris l’ethnocentrisme

En prépa, l’un de mes profs avait coutume de dire avec une humilité pompeuse: «Ici, on ne vous apprend qu’à lire». Évidemment c’était ronflant, cela sous-entendait que tous les gens qui ne passaient pas par des prépas ne savaient pas lire; et en même temps ce qu’il voulait dire, c’était qu’on nous apprenait à lire entre les lignes.

Alors j’ai appris à lire avec Claude-Lévi Strauss, avec Race et Histoire, avec Le Totémisme aujourd’hui et avec Tristes Tropiques. Du coup quand j’ai appris sa mort tout à l’heure, c’était un peu comme si ma maîtresse de CP était morte. (J’imagine bien Claude avec les mêmes jupons).

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Dans l’oeuvre de Lévi-Strauss, j’avais surtout appris un concept que je trouve fondamental pour les journalistes: l’ethnocentrisme. L’ethnocentrisme, c’est juger les autres en fonction de ses propres normes; faire passer ses propres normes pour universel.

La notion d’objectivité est depuis longtemps dépassée pour les journalistes; mais demeure cette nécessité de regarder l’actualité, les événements, certes avec sa propre subjectivité, dont on ne peut s’extraire, mais sans s’y abandonner, et en étant conscient que nos valeurs, nos normes, sont nôtres. Et qu’elles ne valent pas forcément plus que d’autres.

L’ethnocentrisme est, dans une certaine mesure, naturel; contenu dans certaines limites, il n’est pas révoltant. C’est ce que Lévi-Strauss expliquait dans la préface du Regard éloigné. La diversité nécessaire entre les cultures (nécessaire par opposition à contingente, et nécessaire au sens d’utile et féconde) résulte en partie de ce désir de s’opposer aux autres et de maintenir ses propres coutumes et traditions, usages. Une culture doit se distinguer pour se maintenir.

L’ethnocentrisme est lié à la condition de l’homme en tant que tel. Il est commun à la majorité des cultures, et il est par ailleurs cohérent qu’un individu, élevé dans l’idée que certaines valeurs sont positives, adhère à ces valeurs. D’autant plus que la langue apprise impose un certain découpage et donc une certaine perception du monde.

La force de Lévi-Strauss me semble être de montrer déjà cela. De ne pas stigmatiser avec bien-pensance, l’ethnocentrisme. Aimer sa culture, en aimer moins une autre: ce n’est pas être raciste, ce n’est pas être xénophobe; c’est être pétri de sa propre culture.

Mais l’ethnocentrisme devient dangereux à partir du moment où une culture en juge une autre à l’aune de ses propres valeurs. Dire, au hasard, que l’Afrique n’est pas encore assez entrée dans l’histoire, parce que les normes africaines ne sont pas toutes les notres, sous-entendre, in fine, qu’une culture n’est pas encore tout à fait civilisée, qu’elle n’est qu’à mi-chemin de l’état de nature, c’est nier sa légitimité toute entière.

Pompon sur pénis

Une société peut tout à fait avoir sa propre culture sans qu’un autre groupe ne la reconnaisse. Dans Tristes Tropiques, Lévi-Strauss décrivait les modes de vie de différentes sociétés indigènes du Brésil. Il se penchait par exemple sur la situation d’une tribu indienne, les Mundé rencontrée sur la route de la recherche des Tupi-Kawahib. Lorsque l’ethnologue les découvre, la population comprend vingt-cinq personnes, et un jeune prisonnier de guerre. Les hommes ne sont pas entièrement nus puisque tous portent un «étui pénien de forme conique», et souvent aussi un pompon en paille au-dessus des parties sexuelles. Les hommes comme les femmes arborent de nombreux ornements sur différentes parties du corps, du nez (pour les femmes) et des lèvres, jusqu’aux mollets enlacés de bandelettes de coton. Ces indiens s’épilent de façon très méticuleuse les cils et les sourcils, et leurs cheveux sont également coupés à l’aide de procédés originaux. «Ils parlent une langue joyeuse» écrit Lévi-Strauss, et ajoute un peu plus loin: «Ils me faisaient admirer leurs jardins où poussaient le maïs, le manioc (…). Quand ils défrichent, ils respectent les souches de palmiers où prolifèrent de grosses larves blanches dont ils se régalent (…)» Suit la description de leur habitat. Poursuivre la lecture

octobre 9, 2009

«On ne fait pas de littérature avec les bons sentiments»

La littérature est amorale

Pourquoi, il y a quatre ans, personne n’a rien dit? Pourquoi lorsque les exemplaires de La Mauvaise vie se sont étalés sous les yeux des lecteurs, dans les librairies, se sont empilés dans les bureaux des critiques, personne n’a rien dit? C’est qu’en écrivant ce livre, Frédéric Mitterrand, qui n’était pas encore ministre, faisait œuvre littéraire.

Au-delà de la morale

«On ne fait pas de littérature avec les bons sentiments». Mitterrand l’a répété hier soir, Gide l’avait dit avant lui. Il est une évidence qu’une œuvre littéraire peut déranger. Cela ne signifie en aucun cas que derrière les mots tous les actes peuvent être tolérés. Cela ne signifie pas non plus qu’il faut commettre des crimes ou ériger des personnages sordides pour être un bon écrivain. Cela signifie qu’on ne peut lire un livre à travers le prisme de la morale. Ce serait comme mesurer la beauté d’un poème à l’abri d’un axe des abscisses et des ordonnées.

La littérature dérange parce qu’elle fait penser. Penser, c’est bien aller contre l’évidence et contre soi-même.

La littérature dérange tant que si la censure l’avait toujours emporté, Le Mariage de Figaro, qui en une réplique, lapidaire, remettait en question tout un ordre social n’aurait jamais vu le jour. Pas plus que Les Fleurs du Mal, qui durent un temps s’appeler «Les Lesbiennes», ou la pauvre Madame Bovary, deux œuvres jugées immorales. Sade les précéda, Salman Rushdie les suivit.

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mars 4, 2009

L’esclavage existe encore en France

Abysse Bjelinka est grande et belle. Une jeune femme brune élancée. Très souriante aussi, avec un léger écart entre les dents qui lui fait les dents du bonheur. Quelle ironie. Abysse Bjelinka a les dents du bonheur et un passé d’esclave. Sexuelle.

L’esclavage sexuel ce n’est pas de la prostitution. Une prostituée couche avec des hommes en toute liberté. Peut-être qu’elle n’est pas née libre, si l’on ne naît pas libre de son milieu, de sa société, de sa culture. Mais avec la part de liberté qui est impartie aux hommes, une prostituée décide par choix de coucher avec des hommes contre de l’argent. Elle n’y est pas forcée.

Une esclave sexuelle ne décide pas, elle ne décide rien. Elle est attirée dans un piège ou simplement kidnapée, et se retrouve esclave. Séquestrée pendant des mois dans des “maisons de dressage”, où à force de drogues, de coups et de viols, elle doit devenir “docile”, elle est ensuite revendue à d’autres hommes, sur d’autres continents.

Abysse refuse de dire comment -”pour des raisons de sécurité”- mais elle s’en est sortie: c’est un cas rare. 99% ne s’en sortent jamais. Le fait qu’elle soit française n’est pas commun non plus: la plupart sont originaires de pays pauvres, d’Europe de l’Est et d’Afrique noire. Mais ce n’est pas un cas unique.

Abysse est maintenant présidente fondatrice de l’ONG GIPF: groupement international de paroles de femmes, et initiatrice de la journée de lutte contre l’exploitation sexuelle qui se déroulait aujourd’hui.

more about “Abysse Bjelinka“, posted with vodpod

La traite des êtres humains toucherait en Europe jusqu’à 500 000 personnes.

février 7, 2009

Des filles à pédés, des homos langue de pute, et des préjugés.

 ”Fille à pédés”, ça vous dit quelque chose? Ca a l’air péjoratif, dit comme ça, mais ça ne l’est pas nécessairement. D’après ce que j’ai compris, ce sont ces filles qui ont plein d’amis homos, qu’elles adorent. Elles les fréquentent quasi exclusivement, et on les retrouve dans les clubs gays et autres soirées où le beau sexe n’est pas des plus prisés. Ah oui, et ces filles sont généralement célibataires. 

Chaque fois que j’ai entendu l’expression de “fille à PD”, c’était dans la bouche d’un homo. Au début j’ai trouvé l’expression assez stupide, mais je pensais que c’était plus ou moins l’ami qui l’avait mentionné qui avait forgé l’idée, que c’était une blague, qu’au-delà de quelques dizaines d’individus, personne ne connaissait. 

Et puis j’ai réentendu l’expression, et réentendu, encore, plusieurs fois. Trop de fois pour que je ne fasse pas un post sur mon blog, parce que tout compte fait, le concept me révolte- si, si, il y a de quoi être révolté. Poursuivre la lecture

janvier 20, 2009

Sarkozy, icône de la pop culture américaine

Depuis que je suis aux Etats-Unis, j’entend un peu partout que Sarko est hyper glamour, trendy, hype, qu’il est sexy. Alors quand dans le dernier épisode de Gossip Girl il a été mentionné, je me suis dit que ça méritait un article… J’ai fait des interviews, de journalistes, d’étudiants. Je me suis penchée sur le Vanity Fair de septembre consacré à Carla Bruni, et j’ai écrit un papier. Publié par Rue 89, cité dans la revue de presse de Frédéric Pommier sur France Inter, et dans la revue de web du Monde.fr.  
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Nicolas Sarkozy, icône de la pop culture américaine ?

(De New York) ”J’adore son style raffiné, je le trouve élégant. Il est hype”, explique Eve Edelheit, qui étudie dans le Missouri. Elève dans la même université, Sarah Kahn estime pour sa part qu’il est “attirant, même s’il est petit. Il est superbe dans ses costumes bleus”. Un acteur? Un chanteur? Un mannequin? Non, il est ici question de Nicolas Sarkozy.

 

Dans le dernier épisode de Gossip Girl, série américaine mettant en scène de jeunes new-yorkais huppés, le Président –enfin son nom- fait une apparition. “Apparemment, Sarkozy embrasserait mal”, explique Serena, l’héroïne, à son petit ami Dan 

Elle en sait quelque chose: il a été l’amant de sa mère, Lily. C’est la deuxième fois qu’une allusion est faite à cette relation entre Lily et Nicolas. La première fois, c’était dans l’épisode 7 de la saison 2, Lily évoquait ses relations passées; son fils lui rappelait: “N’oublie pas ce week-end avec Sarkozy, quand il nous a fait aller à Eurodisney.” Et la famille d’éclater de rire. Un président à Eurodisney, quelle idée!

“Ce n’est pas évident de savoir pour quoi il se bat”

Ces évocations ne sont pas anodines. Pour la journaliste d’ABC Sheila Marika, spécialisée dans l’entertainment:

“‘Gossip Girl’ est le genre de séries qui se veut liée à l’actualité, les personnages parlent de sujets en vogue. Il fait partie des rares leaders internationaux qui pourraient être mentionnés dans une série aussi branchée.”

David Andelman, ancien correspondant de CBS News à Paris, et actuel directeur du World Policy Journal à New York, souligne:”Le fait qu’il soit ainsi mentionné montre qu’il commence à être important dans la culture populaire américaine. Quand j’ai regardé l’épisode de ‘Gossip Girl’, nous étions sidérés avec ma femme. On se l’est repassé en boucle deux ou trois fois. C’est un président Rock Star.”

Bien sûr, beaucoup de gens ne savent toujours pas qui il est; et sa politique apparaît assez confuse outre-Atlantique:”Je ne crois pas que les gens comprennent vraiment où il se situe. Avant d’être élu, il a tenu un discours vraiment très à droite, il a par exemple été très dur sur l’immigration. Et puis ensuite, il a pris des gens de gauche dans son gouvernement, comme Bernard Kouchner, il a essayé d’améliorer les choses pour les classes défavorisées. Ce n’est pas évident de savoir pour quoi il se bat.”

Mais sa politique n’est pas ce dont se préoccupent les Américains: ce qui les intéresse, c’est son style. Et sa femme.

Un petit brun et une grande brune

“Il est devenu une icône de la pop culture grâce à Carla Bruni, explique Sheila Marikar. Elle a fait de lui un personnalité très intéressante, le genre de personnalité dont on parle lors des soirées mondaines. L’idée d’un homme de pouvoir, marié à une si belle femme, cette idée est très glamour.” “Sans elle, ce serait juste un petit brun qui fait de la politique”, plaisante David Andelman.

La première dame de France est très appréciée dans les médias américains. Elle faisait notamment la une du très chic Vanity Fair en septembre -ce même magazine qui avait classé Sarkozy parmi les hommes les plus élégants du monde en 2007. Dans un long article, la journaliste écrivait: “Bruni a aidé Sarkozy à revenir à la raison”, mentionnant qu’elle lui a fait se débarrasser de sa Rolex et arrêter de suer en public au Bois de Boulogne.

Niccola Pérez, étudiante à Columbia University à New York, considère elle aussi que l’influence de Carla Bruni a été bénéfique: ”Je trouve qu’il s’habillait de façon vulgaire avant, qu’il n’était pas raffiné du tout, avec ses costumes et ses accessoires tape-à-l’œil. Depuis qu’il est avec Carla Bruni, il se comporte de façon aristocratique, il s’habille avec plus d’élégance.”

Mais élégant ou pas, il est le Président marié à une ancienne mannequin. Celui qui est allé faire du bateau avec George Bush il y a deux ans, Ray-Ban sur le nez. “Il est cool et dynamique. Il est frais”, déclare John Hook, étudiant en photojournalisme dans le Missouri: ”Les jeunes en ont assez de l’apathie dont font preuve les gouvernements. Sarkozy et sa magnifique femme ont une image qui parle aux jeunes, comme Barack et Michelle Obama. ‘Gossip Girl’, c’est une série qui se concentre sur l’image, où tout le monde est beau et riche. C’est ça l’image de Sarkozy. Et c’est ce qui plaît aux Etats-Unis.”

janvier 7, 2009

Mike McGowan, thirsting soul

 

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Mike McGowan, at the farmer's market, October 2008

Mike McGowan, with his Amish beard and his raucous laugh, seems to come from another time, but his life is very peculiar to the 21st century, corrupted by the economic crisis and loneliness, which he tries to overcome by going on dating websites.

Mike McGowan is a farmer in Boone County, Missouri, where he grows organic vegetables. He loves food, and he loves farming: it is the one occupation that makes him feel good. “I like being part of nature. When I’m out, working on my crops I’m not lonely.” But last season was too wet, and many of his crops were wasted. It is hard to make money in those conditions. For that matter, he does not. He whispers with a bitter smile that he will be lucky if he does not loose some.

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Mike tastes his turnips in his field before collecting them for his lonely dinner, Nov 2008

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In the choir, at the Church, Columbia, MO. November 2008

Usually he uses his engineering skills to have other occupations and earn his living. He sometimes fixes gear in radio stations; he also used to fly cargo-planes. But he does not fly anymore, and radio stations have no money left to get their gear fixed. So remain the farm, his old truck, his organic turnips and sorrels, which he tries to sell, or eats on his own, alone.

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Hand removed from the truck's engine. Mike has troubles fixing his truck; he needs to buy spare parts he can't afford. MO, Nov 2008

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Mike's fingers perusing the choir's score. MO, December 2008

Mike loves to share his passion with others, to have them taste his products, to introduce them to new flavors. He also loves cooking and sharing his cooking with others. The problem is he does not have anyone to share with anymore. So sometimes he eats an entire chicken on his own.

A couple of years ago, Mike got divorce. He wouldn’t say exactly when for he doesn’t remember. He says it’s just easier to live your life when you don’t keep track of all the records. But this divorce was still a turning point in his life. There is a before and an after the divorce. He used to have a moustache and now he has a beard, he used to have black sheep, in whose wool he would put his scratched hands. He also used to have a clean house.  Now his house is in a mess, just as his life.

It’s messier than I can stand, he says about his cluttered living-room. I get depressed and don’t fix up the house. It wasn’t like that when my wife was there. She was cleaning and I kept things a lot better. When she left I just kind of fell apart and for a couple of years I didn’t do much of everything. Then I tore up my arm, I couldn’t work, things went down from here and I haven’t gotten back.”

It probably does not help meeting the right woman for him. He has met some, thanks to dating websites. They don’t always like the house. “There’s one lady that went screaming outside of my house cause it was such a mess. She used to live in Columbia but I guess she’s one of those suburban housewives in Saint-Louis, whom the whole house is immaculate; you go to the kitchen: everything is behind cabinets there’s nothing to look at. At least I had the table cleaned off, with only my computer, and there was plenty of room for two people.”

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Mike’s fields(left) and living room (right)

So he has not found the right woman yet. But he is not done with trying. In the meanwhile, he has found another occupation: he sings. This is the one thing that really changed positively since the divorce. “I did not know I could sing before, and then I tried, and I can!” He belongs to a choir, he sings for college concerts, and at church on Sunday. When singing, he transforms himself, he is cleaner, successful, surrounded by friends. But it does not blow away his loneliness. Last Sunday, at church, he sang “My soul is thirsting”.

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Mike in his house, Nov 2008

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Mike's house at sunset, Nov 2008

 

décembre 14, 2008

Voyage au fond de l’Amérique

Je suis allée à Kansas City, mercredi, passer les tests de Columbia (New York, histoire de changer de Columbia Missouri). J’ai pris le bus avec Mélissa à quelques miles du campus, et on s’est retrouvées embarquées dans un voyage incroyable.

Dans le bus, les passagers avaient l’air de venir de romans de Dumas. Poursuivre la lecture

décembre 14, 2008

How to become a nude housecleaner?

So, what do you do?, I asked Morgan, after she offered Mélissa and me some candies on the bus. Well, I do whoever does me” she answered in a broad, joyful smile. That is when I understood the night trip from Kansas city to Columbia, MO, would be fascinating.

After I laughed, and she laughed back, she said: “You meant as a job?” Yes, that is what I meant. I’m a nude housecleaner. I clean houses. Naked. It’s more about fantasies than cleaning obviously“.

I pulled out my pen, my pad. “I am a journalism student, do you mind?” “Oh, no, go ahead“. In the gloomy back of the bus, enlightened only by the outside lampposts, along the road, I started to take notes.

Suds with no duds

Morgan is running a pretty juicy business, called “Suds with no duds”. She finds clients on the web, puts ads onCraigslist or in exotic magazines. Men call her and she explains the rules. She does the cleaning, but not in filthy houses. She comes with her apron, high heels and feather duster. She may have a glass of wine or champagne, then she puts on her costume and starts working. They watch, but no touching is allowed. “They have to stay at three feet distance”. She does the dishes, some dust, the laundry. “It’s funny to do the laundry with no cloth on” she grins. Ten or fifteen days a month, she spends one hour at a client, a $250 hour, that makes a $2500 or 3000$ month.

How do you become a nude housecleaner? Oh, that’s a long story. “I wanted to be a photojournalist when I was a kid. I wanted to work for National Geographic, but I became a felon.” Fortunately, buses are made for long stories. Poursuivre la lecture

novembre 23, 2008

How much do you like Jo?

Il y a une émission extraordinaire sur WNYC (radio publique new-yorkaise) qui s’appelle Radio Lab. C’est une émission qui joue sur les sons pour explorer toute une série de sujets,(“Radiolab believes your ears are a portal to another world“), souvent à la frontière entre anthropologie et socio, mais de façon absolument limpide. 

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La nouvelle saison de Radio Lab a commencé lundi dernier et le premier épisode s’intitule “Choice“. Exemple: comment le cerveau se porte sur un fruit ou une part de gâteau bien calorique? C’est pas fondamental, ça, comme question? On apprend des choses fascinantes. 

L’une des expériences les plus intéressantes rapportées ici est celle concernant Jo. 

Qui est Jo?

Un psychologue, professeur à Yale, a fait une enquête. Lui et l’un de ses étudiants vont avec des briefs cases, plein de papiers, si chargés qu’ils peuvent à peine tout porter, se balader. Ils demander à des gens s’ils veulent bien participer à leur enquête et à ceux qui acceptent, ils montrent une photo d’un type. Le type, c’est Jo. La photo donc, plus une petite description de Jo, et ils demandent une réponse spontanée, qui vienne des tripes, à la simple question: “How do you like Jo?“ 

Oh, un détail. Avant de poser la question, au début de la rencontre avec les gens interrogés, ils disent “J’ai les mains pleines, je suis très chargé, pourriez-vous tenir cette tasse pour moi un instant?” Et ils leur tendent une tasse de café. A certains, ils tendent une tasse de café chaud. A d’autres, une tasse de café glacé. Ca ne dure qu’une seconde. Mais cette seconde change tout

Ceux qui ont tenu la tasse de café chaud répondent que oui, ils aiment bien Jo. Les autres non. Ce qui différencie les pro-Jo des anti-Jo, c’est la température d’une tasse de café. 

Un neurologue interviewé explique que la zone du cerveau qui enregistre la température semble être la même que celle qui suscite la confiance. Température et confiance sont liées.

Il se trouve que dans le journalisme, il faut inspirer confiance aux gens. Chaque fois que l’on doit faire des interviews, dans les sujets société notamment, il vaut mieux que les gens soient à l’aise avec vous pour qu’ils vous racontent tout ce que vous voulez savoir. Je me disais, se balader avec un thermos de café pendant les reportages, c’est peut-être pas mal? A moins que ce ne soit pas déontologique?

novembre 10, 2008

Election coverage: making of

Dans ma vie, le plus drôle souvent, ce n’est pas ce que je fais, c’est la façon dont je le fais. On pourrait se dire que le plus intéressant ces derniers jours, était d’être à Chicago, pour les élections… Pas du tout. Je veux dire, franchement, qui n’était pas à Chicago? Reuters, l’AFP, CNN, moi: on était tous sur le main riser (estrade centrale, face à Barack) mardi soir. Le plus drôle c’est ce que j’ai fait à Chicago.

Samedi matin, Ivan m’appelle: “Monte dans le bus pour Chicago”. La veille c’était Halloween, Mélissa Baptiste et moi, on incarnait le Moulin rouge, vin assorti. Donc samedi matin, j’étais fraîche. Mais Chicago, c’était un peu prévu, pas confirmé. Barack m’attendait, pas trop le choix.

Dans le car Cécile me téléphone: “tu peux piger sur Lemonde.fr mardi?

Samedi soir, Ivan vient me chercher à la gare avec Luc, présentateur de Go Africa, la chaîne pour laquelle Ivan travaille.

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Zariff, coiffeur d'Obama

Dimanche, je vais à Hyde Park avec l’équipe de Go Africa, dans le quartier d’Obama et surtout chez son coiffeur.

L’émission devait être tournée là-bas. Tous les journalistes du monde avaient eu la même idée. Pendant que Dereck filmait Luc en train de se faire couper les cheveux, par la tondeuse qui frôle le crâne du president-elect tous les mois, une journaliste de Hong Kong et une équipe de Néerlandais erraient dans le salon.

Le salon a su profiter de sa nouvelle popularité, entre les gosses qui demandent une “Obama cut” (coupe Obama) et les journalistes venus interviewer Zariff qui glissent au moins un billet de 20$ dans sa boîte à pourboires. “Hyde Park hair salon” organisait mardi une soirée à 75$ pour the election day.

Le dimanche après-midi j’avais l’impression d’être de retour à Dakar. On voulait faire un sujet sur la communauté africaine de Chicago et ce qu’elle pensait du candidat “afro-américain”. Un vrai Africain? Un vrai Américain?

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Ivan avait repéré un restaurant appelé “Café Sénégal” dans un coin de Chicago. On se rend à l’adresse indiquée: aucun café, une droguerie. Je demande au Pakistanais qui la tenait ce qu’est devenu le café Sénégal. Il avait fermé. Je demande comment joindre l’ancienne propriétaire; il me tend la carte d’une coiffeuse: elle tresse désormais à domicile. Au bout de trois appels, elle décroche. Trop occupée pour le moment, elle nous donne le contact d’une de ses amies. J’appelle. L’”amie” ne connaissait pas la première, et ne comprenait pas bien ce qu’on lui voulait. J’insiste sur le fait que j’étais à Dakar cet été, que j’ai travaillé pour un quotidien sénégalais. Elle nous donne rendez-vous chez elle.

Absolument charmante, elle se fait belle, se maquille, enfile sa perruque pour la caméra et nous raconte que pour elle Obama est un Africain, qu’elle se sent chez elle parmi les Afro-Américains.

Notre premier contact avait  finalement le temps de nous recevoir, donc on repart pour une banlieue toute proche, où l’interview reprend.

Soirée de montage, d’écriture, de préparation du lendemain.

Lundi: J-1. Départ pour Grant Park, histoire de voir à quoi ressemble le lieu où le premier président  noir s’apprête a donner son discours de victoire. Montage des tentes, installation de la scène. Un dédale de camions, barrières, branchements et autres fils pour accueillir la presse du monde entier. Les services de sécurité quadrillent le quartier, bloquent les rues. Mais nous, on a des passes.

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Déjeuner dans un super Deli, retour à l’hôtel, préparation du lendemain.

Mardi: Election day. Je devais aller à Aurora pour lemonde.fr: ils avaient déjà quelqu’un à Chicago. Non je n’étais pas stressée du tout… Pour une fois je suis prévoyante et organisée: c’est lemonde.fr, ça vaut la peine de lutter contre mon chaos intérieur. Donc je regarde où est Aurora, je repère un café internet dans la ville, au cas où; je prend 3 piles de rechange pour mon recorder, mon chargeur d’ordinateur, un deuxième appareil photo au cas où le premier plante, 3 objectifs différents et mon ordi, bien sûr: c’était du live-blogging.

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Réveil à 5H30 (coucher à 1h). Un bagel dans le ventre, je monte dans le train. J’avais une heure et demie de trajet, je commence mes interviews.

J’arrive à la gare d’Aurora, pas de connexion internet dans la gare. Pas même un starbucks. Il y a des starbucks (donc des connexions internet) partout aux Etats-Unis. Il y a un Starbucks à Columbia! Mais à la gare d’Aurora, deuxième plus grosse ville de l’Illinois, pas moyen d’être relié au monde. Pour live-bloguer, poster mes interviews du train, ça commence mal. On se détend, je vais m’en sortir.

Devant la gare, je prend un taxi et je lui demande de me déposer à mon café internet. Antonio, mon chauffeur, est né au Mexique et installé aux Etats-Unis depuis 42 ans. Mais il ne parle pas anglais. Qu’à cela ne tienne, on se comprend en espagnol. Non je ne parle pas espagnol, et alors?

Il me dépose devant mon café à 9H. Le café n’ouvre qu’à 10H. J’erre entre le Taco Bell, le Pizza Hut et le magasin d’électronique. Pas de wi-fi, nulle part. Je retourne devant mon café internet en attendant que ça ouvre. Et je parle à toutes les personnes que j’aperçois, histoire de ne pas perdre de temps. Les interviews se multiplient, comme cette dame qui me dit qu’elle aurait sans doute préféré qu’Obama soit blanc.

Finalement l’un des habitants me demande pourquoi je reste là et quand je lui dis que j’attend l’ouverture du café “ah, mais il a fermé”. Hum.

Après avoir demandé à 6 personnes où je pouvais bien me connecter, on finit par m’indiquer le Dunkin doughnuts. Je croise un McDo sur la route…

_dsc8195 C’est parti: je post. Je regarde à droite, à gauche, pas de prise. Bon on s’en préoccupera plus tard. Sur le terrain de jeu du Mc do, les noms d’Obama et de McCain fusent. C’est reparti pour les interviews; les gamins en savent à peu près autant que les parents et parlent taxes et couleur de peau.

Quand je rallume mon ordi: plus que 30 minutes de batterie. Pour monter mes sons, charger les photos, écrire le post. Et passer le reste de la journée à bloguer. Panique. J’arrive à envoyer les sons un peu en vrac à Baptiste qui me sauve. Je suis tellement dans la merde pour le reste de la journée. Je rappelle Antonio pour qu’il vienne me chercher et m’amène à un bureau de vote. Il ne comprend pas bien ce que je veux, je lui passe un vendeur du McDo d’origine mexicaine qui lui donne l’adresse.

C’est une copine d’Antonio qui vient me chercher. Elle m’explique qu’elle ne va pas voter, que ce sont tous les mêmes. On parle pendant 20 minutes dans le taxi. A la fin de la conversation, elle partait voter pour Obama. (Je n’ai RIEN fait pour l’y inciter, j’ai juste répondu à ses questions sur leurs programmes. Elle ne savait absolument pas qui était en faveur de quoi). J’enregistre tout, tout. J’en suis à des dizaines et des dizaines de minutes de bande. Enfin de numérique. J’arrive devant un bureau administratif où les gens viennent expliquer les problèmes qu’ils rencontrent lors du vote. J’interviewe le président du bureau.

A la sortie, je rencontre une femme qui a des difficultés à cause d’un changement d’adresse (interview). Elle doit se rendre à un autre bureau. Je lui demande de m’emmener. (Déjà deux courses de taxi, plus le train, ça allait bien). Elle m’offre des bonbons, je me rend compte que j’ai oublié de déjeuner, une fois n’est pas coutume…

Arrivée au bureau de vote. Je rencontre plusieurs personnes, dont M. Richards, policier à la retraite absolument charmant avec qui j’ai parlé de la peine de mort, en faveur de laquelle Obama s’est prononcé.

M. Richards et son ami me raccompagnent à la gare. Une demi-heure d’attente. Dans le train, tout l’Illinois semblait vouloir se rendre à Grant Park. Wagons bondés. Les gens regardaient les infos sur leur téléphone, entamaient les pic-niques prévus pour les heures d’attente, riaient, s’animaient à l’idée que ce soir, les Etats-Unis pourraient élire le sénateur de l’Etat.

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Le trajet a mis une demie-heure de plus que prévu. 18H: j’aurais dû être à Grant Park j’arrive à l’hôtel. Je post ce que je peux, ce qui n’était pas devenu obsolète… Et je débarque à Grant Park.

Sur le main riser, Ivan et Luc étaient direct pour Go Africa. Je les rejoins. Le main riser, c’est donc l’estrade centrale, où les chaînes de télé et quelques photographes se tiennent, les unes à côté des autres, face à la tribune. Pour Go Africa on était 6: Dereck, le caméraman, Ivan et Luc, en direct, Franck, la patron de la chaîne, et John, le..? Le type qui sert à rien. Chaque espace alloué est si petit qu’en me décalant un peu trop à gauche, j’étais sur l’écran d’AP, à droite sur celui d’Extra, un show d’ABC.

Et puis finalement, ça y était. J’étais là, ce 4 novembre 2008, pour assister à l’élection du nouveau président des Etats-Unis. J’étais là avec Ivan et Luc, qui s’apprêtait à annoncer à l’Afrique que la première puissance du monde avait élu un “Afro-américain”. Les 70 000 personnes qui s ‘étaient battues pour avoir des tickets pour Grant Park ont peu à peu afflué. La foule métissée était électrique. Un à un les Etats clés sont tombés aux mains des démocrates. ET CNN a donné le résultat.

Et dans un pays où il y a 40 ans un Blanc ne s’asseyait pas près d’un Noir dans un bus, dans un pays au passé pas seulement esclavagiste mais longtemps foncièrement raciste, où l’on lynchait les Noirs, où on les battait à mort, où leurs corps mutilés qui pendaient des arbres avaient fait chanter à Billy Holliday ces “fruits étranges des arbres du Sud“. Dans ce pays où l’on dit de cette même Billy Holliday qu’elle est morte entre un hôpital interdit aux Noirs et un hôpital réservé aux Blancs. Dans le pays de la ségrégation, du Ku Klux Klan, des Suprémacistes Blancs. Dans ce pays où l’égalité de tous n’était qu’un mythe, elle est devenue réalité.

Les journalistes ont rarement fait si peu d’efforts pour ne pas montrer leur joie. Certains ont crié le résultat. D’autres ont vu leur visage s’illuminer. Le patron de Go Africa est tombé dans les bras de John. Près de moi un diplomate danois pleurait. Puis j’ai quitté Grant Park. Dans la rue les gens débordaient de bonheur. J’ai parlé à des jeunes qui m’ont confié “Les Noirs avaient pas beaucoup de raisons d’être fiers avant. Maintenant on a enfin un sujet de fierté“. Une mère noire m’a dit “J’ai un bébé d’un mois; maintenant je peux lui dire que tous les métiers lui sont accessibles. Qu’il peut être président s’il veut“. Un ado m’a expliqué:On nous prenait pour des moins que rien, pour des crapules. L’élection de Barack, ça va changer la façon de penser de l’Amérique“.

Et mercredi quand j’ai repris mon bus pour Columbia, tout semblait différent. Beaucoup plus juste. Et je me suis dit que le monde tournait dans le bon sens.