Dans une très longue tribune publiée mardi par le quotidien sénégalais Walfadjiri, le journaliste et sociologue Abdoulaye Seye soutient qu’au Sénégal, on n’accepte pas toutes les opinions, mais contrairement à ce que pourrait penser un étranger, ces limites à la liberté d’expression ne sont pas du fait du gouvernement, mais des opposants au contraire.
A. Seye retrace les controverses des intellectuels français et raconte: “Serge Halimi, reprenant une célèbre expression de Paul Nizan (…) qualifie ceux qui sont avec le pouvoir en place de “nouveaux chiens de garde” du système, par opposition aux intellectuels dissidents et résistants. C’est une belle coquetterie. Cette forme de discours est aussi en cours sous nos cieux. (…)
La pensée unique, pour faire genre, veut s’imposer: il faut penser et écrire les mots: crise, népotisme, monarchie, incurie, gabegie, corruption, détournement; en somme énumérer les sept plaies d’Egypte et les accoler au pouvoir libéral.“
Il est toujours d’une très grande difficulté de parvenir à distinguer le combat de l’intellectuel de celui de l’idéologue. Si le premier est censé réfléchir, user de son intelligence, le second est bien moins appréciable. L’idéologue a une idée fixe, pour laquelle il entend se battre. En ce sens, le Sartre qui clame “tous les anti-communistes sont des chiens” est bien moins un intellectuel qu’un idéologue. Et alors qu’en France le combat entre Sartre et Camus a été gagné par le premier, le second a été bien souvent plus intellectuel que lui.
Ainsi lorsque l’on se plaint de ce que les intellectuels s’en vont à la dérive, que l’on parle comme Abdoulaye Seye de “terrorisme intellectuel”, c’est probablement une erreur. Un intellectuel dès lors qu’il s’échappe de la nuance et de sa réflexion personnelle pour ne penser que par principes et idées toutes faites n’est plus un intellectuel. C’est un idéologue.
Reste à savoir si, comme l’insinue au moins partiellement l’auteur de l’article, les critiques à l’encontre du gouvernement Wade et de ses soutiens sont infondées et idéologiques. Faire des opposants des “bien pensants” de l’opposition, c’est aussi un moyen de les discréditer. Le langage a des nuances que la politique ne saurait méconnaître.
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