Jeudi soir à l’institut culturel français, se produisait le chanteur et musicien sénégalais Abdoulaye Cissokho. Un concert très réussi.

La lumière s’éteint. Quand elle se rallume, sur la scène dressée dans les jardins de l’institut français, Abdoulaye Cissokho est là, instrument en main.
Le regard baissé sur les cordes de sa kora, instrument traditionnel, ses doigts entament leur danse agile. Une douceur velouté enveloppe l’assistance.
Et puis Cissokho se met à chanter. S’élève alors un son d’une magie souple et lente. Sa voix est de la couleur de son instrument: beige et ocre. Elle porte en elle tout l’héritage des Griots, ce peuple de l’Empire Mandingue dépositaire d’un monde de chants et de danse. Sa profondeur a le pouvoir de dresser autour du public d’immenses parois, caisses de résonances qui s’achèveraient au-dessus de lui en une canopée musicale.
La tradition affleure à chaque note. Abdoulaye Cissokho a joué sur tous les continents, de la France au Kazakhstan. Il a été appelé jazzman ou musicien contemporain. Mais pour ce concert c’est bien la tradition qui l’emporte- jusque dans la mise en scène. Il est vêtu d’un ample boubou blanc; et les musiciens qui font leur entrée pour l’accompagner dans une seconde partie ne dénotent pas: tenues diaprées lumineuses, djembés, balafons (sorte de xylophone), flûtes de bois.
Cissokho raccorde son instrument; ils sont désormais dix sur scène. Plus d’allégresse sans doute, moins de solennité, mais toujours le même registre envoûtant. Tandis que les mots continuent de rouler sur sa langue, trois chanteuses ondulent des bras et du bassin. Devant elles, le flûtiste est assorti à son instrument: orange et vert. D’ailleurs la voix et les notes se confondent- parfois avec humour: lorsque l’on croirait presque à de petits cris animaux. Les solos alternent.

Mais bientôt c’est la fin. La musique cesse, on sort étrangement d’une ivresse lascive. Saluts. Fin du concert.

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