Ce matin, dès 6 heures, des dakarois sont venus s’amasser auprès de la station essence Total dans le quartier de Dieupeul Derklé. Ce qu’ils cherchaient: du gaz. Voilà près d’une semaine que le manque de gaz se fait sentir de plus en plus vivement: dans les familles, les dernières bonbonnes s’épuisent. Entre hier eu aujourd’hui, des rumeurs se sont mises à circuler, suggérant que chez le géant Total des réserves seraient en vente.
Alors des dizaines de personnes, des femmes surtout car les maris travaillent, sont venues avec leurs bonbonnes dans l’espoir de les remplir. Au fur et à mesure de la journée les rangs se sont grossis. Dans l’après-midi, les enfants de retour de l’école ont souvent pris le relais. Pourtant, la foule n’a eu aucun effet sur le désert gazier qui semble s’abattre sur la capitale. Si d’après le secrétaire du Comité national des hydrocarbures, Abdoulaye Guèye, il s’agit de “dysfonctionnement dans le système de distribution” plus que d’une pénurie, pour les habitants, le résultat est identique: pas de gaz. Et vers 16 heures, ils s’apprêtaient à repartir bredouille: la distribution a été reportée au lendemain.
Alors c’est l’agacement, voire la colère qui prend le dessus. Pour les habitants, nulle crise mondiale n’est à blâmer, c’est le gouvernement qui est responsable. Et Wade au premier chef. Ils le disent sans crainte. Les mains sur les hanches, les sourcils froncés et la voix forte, Ndeye-Anta Diop, neuf ans, explique que “c’est Wade qui a créé les problèmes”. Mais ce n’est pas là une simple fureur de petite fille. Mahmoud Bamba Diakhaté, d’âge mûr, s’insurge et trouve les mêmes fautifs: “C’est la faute du gouvernement et de Wade. Je suis en colère; il pourrait changer les choses, baisser la TVA, le prix du gaz. Il ne le fait pas car il a d’autres priorités, comme la GOANA (Grande offensive pour l’agriculture et la nourriture en abondance, ndlr). Mais ce sont de mauvais priorités.“
“Retour au pays des ancêtres”
Selon Mahmoud, si le manque de gaz persiste, ce sera “un retour au pays des ancêtres“. On utilisera le “charbon de bois“. Et c’est une matière première qui pose nombre de problèmes. Enfants et adultes énoncent pèle-mêle ses inconvénients: “c’est sale”; “ça fait de la fumée qui peut rendre malade”; “c’est plus lent”. Indéniablement, c’est, en somme, un retour en arrière.
Sur l’avenir, les avis son partagés. Pour le petit Bécaye, “les gens vont mourir de faim”. D’autres sont plus optimistes. La jeune Rougiata, 12 ans, après avoir exprimé son mécontentement (“Il n’y a pas de gaz dans ce pays, on est fatigués!“), fait part de sa certitude quant à une amélioration de la situation. Quoi qu’il en soit, elle était prête à rester jusqu’à 20 heures. Et tous se donnaient rendez-vous demain, dans l’attente de voir leur réserves enfin approvisionnées.



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