Et la neige n’était plus, le premier film d’Ababacar Samb Makharam, est une réussite absolue. Dans ce court-métrage de vingt-deux minutes, le cinéaste africain -qui s’est constamment interrogé sur l’homme et ses valeurs- raconte le retour de France, spirituel plus que géographique, d’un jeune boursier sénégalais. Il en est au premier stade des trois étapes décrites par Frantz Fanon dans Les Damnés de la terre, celui où l’intellectuel africain cherche à assimiler la culture occidentale.
On ne revient pas indemne de l’immersion dans une autre culture. Quand en plus il s’agit de la culture française, qui entretient des rapports si conflictuels avec le pays des baobabs, la difficulté s’accroît. Comment profiter de nouvelles valeurs sans oublier les précédentes? Comment ne pas se déraciner? Ababacar Samb Makharam parle de “désarroi intérieur“, c’est effectivement ce qui envahit le personnage. Et ce qui happe le spectateur à l’écoute de la voix chaude et solennelle du narrateur.
Son rapport avec les femmes l’illustre, avec humour et délicatesse. Ces sénégalaises qui veulent ressembler aux Européennes, avec leurs attitudes “sophistiquées“, leurs perruques, leurs manières artificielles, ne ressemblent plus à rien. Cette femme d’un genre nouveau, “serait-elle abâtardie“? La question est rhétorique. La réponse ne se fait pas attendre : “c’est catastrophique, elle n’est rien“. A force de vouloir ressembler à ce que l’on est pas, on délaisse son essence sans en recouvrer nulle autre. Il faut donc savoir se faire creuset de ces cultures. Ne pas s’arracher à son identité première mais l’enrichir de l’altérité.
Ce remède ne procède pas toujours de l’évidence : “Pourquoi revenir ici et délaisser le confort naturel? (…) Et n’est-ce pas réactionnaire?” Mais il n’en est pas d’autre: “Se séparer des siens, ne pas partager leurs difficultés, c’est les mépriser. (…) C’est à partir d’ici que tu retrouveras ton équilibre et le sens de ta vie.”
Revenir donc, et délaisser ces autres pays où pendant des mois tombe la neige. Pour un pays où il ne neige pas. Et dans lequel Ababacar Samb Makharam a contribué, avec un délice philosophique, à l’ensoleillement.
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