“La francophonie doit être celle du peuple“. C’est l’opinion d’Abou Mbow, directeur de publication de journaux destinés aux adolescents, et participant à la journée des “Escales francophones” organisée à la Maison de la culture Douta Seck, mercredi.
“La francophonie doit être celle du peuple“, cela signifie : non plus seulement de l’élite. Dans la salle, les professeurs de français acquiescent. Ils constituent le gros du maigre public d’une vingtaine de personnes. Et cet élitisme de la langue française, c’est un fait qu’ils affrontent tous les jours dans les classes. Le français est, au Sénégal, la langue qui doit rester pure, ses imparfaits du subjonctifs intacts.
Une professeur de lycée de Blaise Daigne explique : “Nous parlons ici un bon français, mais nous le parlons peu. Au Sénégal, on a peur des fautes, faire une faute, ça vous poursuit toute l’année. Même les profs n’hésitent pas à humilier les élèves. Du coup les enfants n’osent plus parler. On se retrouve avec des classes amorphes. Si le français parlé doit être à tous pris rigoureux, il restera le français de l’élite.“ Or une langue doit être parlée pour être maîtrisée, et pour ne pas devenir une langue morte. Sans entraînement, on ne peut se familiariser avec. Le français reste alors la langue nationale, mais toujours une langue étrangère.
Alors beaucoup de ceux qui la parlent, sans être des membres de l’élite, l’écorchent vive. Une collègue renchérit : “Avant, les Sénégalais étaient censés être ceux qui maniaient le mieux le français. Ce n’est plus le cas. Il y a des problèmes de vocabulaire, de grammaire, de conjugaison. Il est devenu normal d’avoir “0“ en dictée. Quand on corrige les copies du bac, on ne comprend même pas ce que les élèves veulent dire.”
Le paradoxe est palpable dans la salle : les membres de l’assistance voudraient bien un français accessible à tous, qui ne règne pas par la tyrannie de l’exactitude ; mais ils aspirent aussi à un français toujours soigné, au respect de “l’héritage de Léopold Sédar Senghor“. “Nous devons assumer ce qu’il nous a laissé”, souligne une enseignante. Pas si facile.
Au sixième rang, un attaché culturel prend la parole. “Les autres pays africains francophones parlent le français sans complexe. Ici on essaie de parler le français de Senghor, de ne pas rouler les r. Il faut que les gens s’expriment, qu’ils se libèrent. Au Sénégal, on est emprisonnés. Senghor nous a tués“.

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