juillet 27, 2008...12:27

Le relativisme -absolu- n’est pas un humanisme

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J’ai parlé d’homosexualité avec les gens de Walf il y a quelques jours. Quelle idée!

On m’avait bien prévenue qu’il valait mieux ne pas aborder ce genre de sujet, mais enfin il est venu de lui-même je n’ai pas résisté à donner mon opinion…

Ici, au Sénégal, l‘homosexualité est interdite, punie par la loi. Selon le Code pénal, elle est passible de 1 à 5 ans d’emprisonnement et de 100.000 à 1,5 million de FCFA (de 150 à 2.300 euros) d’amende. Pour la plupart des Sénégalais, l’homosexualité est une tare, une sorte de déviance. Au mieux une anomalie. 

Et il ne faudrait pas croire que les journalistes, supposés plus éclairés que la moyenne, ont une conception des choses différentes. L’un de mes collègues  m’expliquait ainsi que si on les laisse libres de vivre leur sexualité comme ils l’entendent, ils seront de plus en plus nombreux. Si on leur accorde une visibilité dans les médias, les enfants pourront être influencés. “On ne mesure pas l’influence de la télévision. Après, dans 10 ans, on ne sais pas combien il y aura d’homosexuels“. 

Alors pour tirer les choses au clair : “Mais vous savez que ce n’est pas une maladie, et que ce n’est pas contagieux? Ca ne s’attrape pas en regardant la télé? Dans dix ans, il y aura peut-être plus d’homosexuels visibles, parce qu’ils se permettront de ne plus se cacher. Mais enfin qu’ils vivent dans le secret ou en s’assumant, ils n’en sont pas moins homosexuels.

Et devant les mines répugnées : ” Tu en connais toi des homosexuels, pour en parler comme de pestiférés?” “Ah!! Dieu m’en préserve. Et si j’en rencontre un, moi je lui serre pas la main“. 

A cours d’argument j’explique d’un air furibond que moi je pourrais très bien préférer les femmes et que je ne vois pas du tout ce que ça changerait à ce que je suis. Mais enfin mon interlocuteur se cache son visage dans ses mains pour exprimer son dégoût.

Afin de me calmer, un collègue plus modéré m’explique: “Non mais peut-être qu’en France c’est possible, mais le Sénégal est musulman, ça saperait les fondements de notre société“. Et moi de passer pour une petite Française ethnocentriste qui essaie d’exporter ses valeurs. 

Et c’est sur ça que je voudrais revenir. 

Tout d’abord il n’y a aucune raison d’assimiler la société sénégalaise et l’Islam. La société sénégalaise est musulmane et la France fut chrétienne. Pour être devenu laïc l’hexagone n’est pas moins français. Le Sénégal n’a pas toujours été musulman : c’est dû à une contingence de l’histoire, à une colonisation religieuse. 

Par ailleurs quand bien même le Sénégal se confondrait avec l’Islam, il n’y a pas de spécificité culturelle qui vaille la liberté des hommes. Ce que le journaliste plus modéré essayait de me faire entendre c’est “chacun fait chez lui comme il veut ; nous au Sénégal on ne peut pas légaliser l’homosexualité ; vous en France, oui.” Tout justifier par les différences culturelles reviendrait à un relativisme absolu dans lequel les valeurs de liberté, d’humanisme, de respect de la vie humaine se dissoudraient. Pour refuser tout ethnocentrisme, on tombe parfois dans l’excès inverse, pas plus respectable.

Dans un très bel article, ”La philosophie et son histoire” Jacques Bouveresse* expliquait que si l’on relativise tout, tout le monde a raison de son point de vue et l’on liquide la notion d’homme. Il n’y a plus alors de droit de l’homme, et l’on ne peut pas lutter ainsi contre le racisme. Il en va de même pour l’homophobie. Accepter qu’au Sénégal, l’homosexualité soit interdite, c’est accepter que dans certaines sociétés, quelques hommes valent moins que d’autres. 

 

*”La philosophie et son histoire” Jacques Bouveresse; in Le Noroît n°296

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