Je suis rentrée à Paris il y a quelques jours, et partout dans les rues je vois des amoureux. Cette impression qu’ils ont envahi la ville est accentuée par la désertion estivale des vrais parisiens. Sur les quais, aux Tuileries, sur les ponts, face au Grand Palais, à la Tour Eiffel : de petits couples s’étreignent, venus d’Italie, d’Espagne, ou du Japon. Et je me demande pourquoi ils ont choisi Paris, plutôt que Los Angeles? Pourquoi Paris serait la ville de l’amour?

Le Baiser de l'hôtel de ville, Robert Doisneau
Il y a un an, j’étais à Amsterdam au musée Van Gogh. Devant une toile du maître à l’oreille manquante, je me sentais transportée. Face aux peupliers, à leur texture- on ressent le couteau qui s’arc-boute pour étaler la peinture avec génie- à leur mouvement imprimé par le vent, au désir de mieux comprendre la toile et de faire corps avec elle : je réalisai qu’il y avait, au sens littéral, un désir de pénétrer l’oeuvre d’art. Une pénétration pas nécessairement érotique, ou pas seulement. Mais l’art, dans sa splendeur, inspire souvent l’envie de ne faire qu’un avec la beauté que l’on contemple.
A Paris, la splendeur est partout. Dans toute l’architecture, du Louvre à la Concorde. Dans tous les parcs, des Buttes Chaumont aux Battignoles. Et face à cette beauté impénétrable – c’est le propre de l’art, qui ne peut être pénétré physiquement, ni jamais tout à fait intellectuellement – l’amoureuse se tourne vers son amoureux, ou vice versa, pour transférer sur lui ses pulsions.

Place de la Bastille, Willy Ronis
Et puis il y a autre chose. Que l’on soit ou non freudien, il faut bien admettre que le sexe est un moteur essentiel de l’homme, et que de près ou de loin, il est présent sans cesse dans l’art. Quand mes professeurs de littérature, au lycée, ont commencé à interpréter les textes en voyant des pénis partout, je me suis dit que j’étais tombée sur des pervers. Quand un peu plus tard, je me suis rendue compte que même chez Perrault – ou surtout chez Perrault? – qui avait bercé mon enfance, tout n’était qu’allusion phallique, du Petit Poucet à la Belle au bois dormant, il a fallu reconnaître l’évidence : le sexe est partout, et surtout chez les artistes.
Or à Paris, l’art est partout… L’Obélisque de la Concorde, la pyramide du Louvre, évidemment la Tour Eiffel. Il n’y a quand même pas à chercher bien loin pour déceler les motifs qui font de Paris la ville des amants…
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